Par suite des grèves, de la pandémie mondiale mais aussi de l’augmentation des pistes cyclables et des aides, le vélo – en particulier à assistance électrique – a connu un boom de son utilisation qui n’est pas sans conséquence. Allons-nous assister à une pénurie de vélos ?

Vous en avez peut-être fait les frais en essayant d’acheter un vélo pour les fêtes de fin d’année : des rayons vides et des délais de livraison impensables.

117%, c’est l’augmentation des ventes de vélos entre 2019 et 2020 sur mai-juin selon l’association professionnelle Union Sport et Cycle.

Habituellement, le marché du vélo progresse d’environ 10% par an. C’est donc une progression fulgurante qui témoigne du véritable boom du vélo en France depuis le déconfinement.

45% des ventes en valeur concernent les VAE (vélos à assistance électrique). Là aussi une progression spectaculaire. Néanmoins, aujourd’hui les stocks se font de plus en plus rares.

Pistes cyclables sur la rue de Rivoli
L’utilisation du vélo et le nombre de pistes cyclables ont explosé dans les grandes villes d’Europe

Le boom du vélo après la crise sanitaire

En moins d’un an, le nombre de cyclistes dans les rues parisiennes a bondi de 66%. Mobilisés contre la réforme de leur régime de retraite, les agents de la RATP sont restés 50 jours en grève, c’était le premier élément déclencheur. La crise sanitaire a accéléré le mouvement, soutenu par de nouvelles voies vélos.

Les compteurs vélos de la Ville de Paris enregistraient 120% de vélos en plus en septembre, par rapport à la première semaine de mars avant le confinement.

Selon les données de Foxintelligence, en France les ventes de vélos en ligne ont fait un bond de 350 % au cours du mois de mai. 

D’après la CONEBI (Confederation Of the European Bicycle Industry), ce boom du vélo se traduit notamment par une très forte croissance des ventes de vélos électriques qui devraient passer de 3,6 millions d’unités en 2019 à 11 millions en 2025 en Europe !

Vers une pénurie mondiale de vélos en 2021

À l’heure d’aujourd’hui, le vélo est devenu une denrée rare. Même si les distributeurs et les fabricants n’osent pas prononcer le mot de « pénurie », ils admettent que « la forte demande finit par provoquer un goulot d’étranglement », comme le constate Philippe Barichard, chef de marché du réseau Cyclable.

De nombreuses pièces sont nécessaires pour la création d’un vélo et toutes ne sont pas produites en France. Tous les constructeurs font appel à certains composants réalisés en Asie et assemblées en Europe (France, Italie, Roumanie, Pays-Bas).

Un délai de livraison qui était estimé habituellement à 3 mois, passe aujourd’hui à plus de 6 mois.

Le phénomène est international : le New York Times rapporte que Giant, le plus grand fabricant de vélos au monde situé en Taïwan, n’arrive plus non plus à répondre à la demande des acheteurs amplifiant cette pénurie.

Pénurie de vélos dans un magasin Décathlon
Des rayons vides à Décathlon : la pénurie de vélos est bien réelle pour les consommateurs (photo : La Voix du Nord)

Un mouvement inscrit dans la durée

Avant la pandémie, le marché était déjà en progression et ce mouvement n’est pas prêt de s’arrêter. Toujours selon Union Sport et Cycle, déjà en 2019, on constatait une progression de 10% du chiffre d’affaires pour les 1400 entreprises faisant partie de l’organisation par rapport à l’année précédente.

Et l’augmentation provient en grande partie du vélo électrique. Alors que 15 000 VAE ont été vendus en 2008, 388 000 trouvaient un acquéreur en 2019 pour un prix moyen d’achat à 1749 euros.

Chez Fnac-Darty, les VAE s’arrachent. Fin août, Olivier Garcia, directeur produits du groupe, constatait que « le vélo est devenu une denrée rare ». Seulement 50% des produits référencés par les deux enseignes étaient disponibles immédiatement. Chez Decathlon, les clients doivent aujourd’hui s’inscrire sur des listes d’attente pour certains modèles.